2012, le retour du courage social

Publié le par UL CGT LE HAVRE

Par la CGT-FILPAC

 

« Laissez donc la solidarité, l’action collective, faites des heures sup’ et ne pensez qu’à vous. Au besoin, devenez auto-entrepreneur. » Telle est la marque de la fabrique libérale, qui conduit à l’hyper individualisme, c’est-à-dire à la compétition de tous contre tous.

 

Ce n’est pas qu’une idéologie du « moi contre toi ». C’est d’abord un état de violence. Non convaincu par la beauté de la concurrence entre individus ? Qu’importe, l’armée de chômeurs, la disparition du droit social au profit de la précarité vous fera rentrer dans le rang.

 

Dans une société qui perd son sens commun pour n’aller que dans le non-sens de la banque, beaucoup sont épuisés. Découragés. L’horizon sans futur se double du mauvais conseil prodigué par la peur, celle de la chute sociale. L’individualisme est érigé en dogme au moment le plus mal venu : dans l’entreprise, dans la société, il n’y a plus de reconnaissance individuelle.

 

Dans l’entreprise, la tension nourrie par des financiers méprisants, la dictature d’objectifs de rentabilité délirants et l’obsession des gains de productivité sont baptisés risques psycho-sociaux, stress… Il s’agit de surexploitation de salariés considérés comme des Kleenex, jetables « à l’amiable » bien sûr. Des travailleurs de papier… au moment où la propagande va bon train contre le papier pour le numérique, contre les travailleurs du papier… pour que les travailleurs du numérique ne coûtent quasiment rien.

 

L’information libre est entraînée dans la faillite du système économique. Plus les opérations financières sont complexes, plus l’information est verrouillée par les états majors de la finance, plus le public est bombardé de données superficielles réduites aux besoins d’autojustification des banquiers.

 

Reste un charabia sur la crise… Jusqu’à la nausée, les médias domestiqués déversent à chaque minute leur flot de culpabilisation : « l’Europe, le monde entier, se serrent la ceinture, et toi, petit homme, tu voudrais faire autrement ? Non, non, tu vas payer, intérêt et principal - foi d’animal - la facture d’une crise qui n’est pas la tienne, et rembourser jusqu’au dernier centime des dettes que tu n’as pas contractées. »

 

Certains, parmi les couches populaires - ou même les fameuses « couches moyennes », désemparées - écrasés, sans espoir, rentrent en eux-mêmes. Un moment propice pour qu’un « chef » exploite ce désarroi, ces souffrances, ces injustices et tant d’humiliations portées par la crise pour ordonner : « Ton adrénaline enfermée, fais-en une énergie défoulée. Pas contre les banquiers, non, non, contre les immigrés. » Et puis, ne sont-ils pas ‘tous pourris’, ces politiciens qu’on a déjà essayés ? » Tous, sauf… cette bonne vieille extrême droite, qui comme le loup sait si bien s’habiller en grand-mère.

 

L’extrême droite inspire les actes du gouvernement. La chasse aux étrangers et leur enfermement, c’est l’ordinaire de Claude Guéant, pilier droit de Sarkozy. Atteindre les quotas d’expulsion des immigrés les amène à multiplier les centres de rétention, où les enfants, les femmes enceintes et les familles sont enfermées, du simple fait d’être étrangères. « Sans papier », donc sans droit, ni à la santé, ni à l’hygiène, ni au respect. « La France ne les renvoie pas à Auschwitz », s’insurge Klarsfeld, le chasseur blanc du président. Fallait-il qu’il se sente morveux… « La rétention, un lieu de détresse soumis à l’arbitraire », indique la Cimade (*) dans un rapport complet. Est-on si loin de Vichy ?

 

Le courage de s’indigner, de se mobiliser, de riposter

 

La dérive peut aller plus loin encore d’une société confisquée par 1% de la population la plus riche, dans laquelle la démocratie est considérée comme un luxe désuet. En l’absence de toute riposte sociale de grande ampleur, des rangs de la droite de combat s’élève la voix de ceux qui veulent un modèle allemand. Les chômeurs, les allocataires du RSA devraient accepter des petits boulots à un euro l’heure ou bien, pour les mieux lotis, égal au montant du seuil de pauvreté. L’apocalypse a été annoncée tant de fois par tant de faux prophètes…

 

Regardons plutôt nos atouts, ils sont immenses. C’est la première fois, dans l’histoire du capitalisme, que le salariat est aussi fort, aussi concentré. La forme salariée a tout emporté, et jamais tant nombreux ont été celles et ceux qui, comme aujourd’hui, vivent de la rémunération de leur force de travail. Le salariat, malgré l’énorme écart entre riches et pauvres, n’a jamais été aussi puissant. Il lui manque la confiance d’exprimer sa volonté en tant que tel. Voilà pour le courage. Il nous faut le reconstituer, en recomposer l’énergie créatrice.

 

C’est pourquoi la Filpac CGT a pris le parti de l’avenir. Le seul fait d’envisager de rebondir en tant que force collective par delà la crise est en soi facteur de courage. L’à-quoi-bonisme, le cynisme, le sentiment d’un monde fini voué au déclin, tout ça se balaie par la lucidité : non, rien n’est garanti, oui le champ des possibles est ouvert, sur le pire comme sur le meilleur. Alors que manque-t-il pour passer du courage volontariste au courage pratique ?

 

L’action.

 

Le passé des luttes et des victoires a un riche avenir à la condition expresse de considérer que manque l’expression organisée, collective, de la solidarité. Elle se refonde par le partage des indignations. L’indignation est vitale, mais tellement insuffisante, si elle n’envisage pas la riposte, donc l’organisation, donc la reconstruction du rapport des forces.

 

Et la remise en route du moteur-courage passe par l’appropriation d’une idée dévoyée, celle de l’émancipation sociale. Nous ne pourrons rien faire de propre, à commencer par redonner confiance aux désemparés, si nous n’affirmons pas la nécessité absolue de la transformation sociale. Cette société qui tourne à l’envers, marche sur les pauvres et gave les riches, n’est pas la nôtre. On ne peut qu’y survivre dans l’hébétude de l’immédiate nécessité de trouver les moyens de… survivre.

 

Nous voulons plus. 2012, une fois digérée la fin inaboutie du mouvement sur les retraites de décembre 2010, sera l’année de la remobilisation. Car l’autre atout dont nous disposons, c’est que la question sociale, malgré tous leurs efforts, reste centrale dans la situation. Elle prend de l’ampleur chaque jour, tant que la cohorte des exclus et des victimes de la crise croît en importance. Passé le moment de stupeur, de peur, induit par les premiers épisodes d’une crise durable, le salariat reprendra courage.

 

C’est dans cet état d’esprit que la Filpac CGT aborde l’année, malgré tous les imprécateurs qui nous promettent plus de crise, plus de dégâts sociaux, une catastrophe à l’élection présidentielle, etc. Le temps où l’on n’espère plus n’est pas venu. C’est celui du capitalisme sauvage, pas de la reddition. La Filpac CGT milite à créer une situation où les classes populaires font irruption dans l’arène aujourd’hui désertée. C’est de cela qu’ils ont peur, c’est pour éviter cela qu’ils pratiquent le bourrage de crâne du renoncement, à une échelle et selon une dose inédites à ce jour. Eh bien, que la peur change de camp et nous aurons réussi notre année bissextile.

 

(*) Cimade, Centres et locaux de rétention administrative, rapport 2010

Publié dans Communiqués CGT

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