Austérité : l'injustice sociale est une absurdité économique

Publié le par UL CGT LE HAVRE

Le « pacte pour l'euro », en dépit des protestations dans différents pays européens, a été adopté par le conseil européen le 25 mars. Il a été notamment dénoncé par les syndicats français et allemands et a fait l'objet de manifestations à Bruxelles.

 

Ce « Pacte pour l'euro » vise à contraindre les pays européens à prendre des engagements très rigoureux en matière de politique salariale, avec une remise en cause du principe d'indexation des salaires sur le coût de la vie, de nouvelles attaques contre les retraites et les allocations chômage. La Commission européenne surveillera les Etats de la zone euro, qui devront aller tous les six mois présenter leurs budgets et l'avancée de leurs réformes, sous peine d'amende. Ces Etats devront inscrire dans leur législation nationale le plafond de déficit public à ne pas dépasser.

 

Le prétexte avancé pour justifier cette machine de guerre lancée contre nos niveaux de vie est celui « d'améliorer notre compétitivité ».

 

Ces programmes aussi inefficaces pour l'économie qu'ils sont socialement injustes. La situation du Portugal l'illustre parfaitement.

 

José Socrates, premier ministre socialiste de ce pays a démissionné, après le rejet par le parlement - à majorité de droite- d'un ènième plan d'austérité.Ces plans se succèdent depuis 2002, en accentuant à chaque fois la crise qu'ils prétendent traiter. La « recette » de ces prétendus remèdes est partout et toujours composé des mêmes ingrédients : attaques contre la rémunération des fonctionnaires, réduction de leur nombre au détriment du service public, réduction des dépenses sociales -allocations familiales, santé, retraites, indemnisations des chômeurs-, renoncement aux programmes d'investissements publics, hausse de la TVA...

 

Les socialistes sont arrivés au pouvoir en 2005 après l'échec du plan Barroso. José Socrates voulut mettre en oeuvre une politique qui donnait la priorité à l'éducation, à la formation, aux investissements technologiques pour permettre à l'économie portugaise d'augmenter sa productivité, prévoyant de reporter à la fin de la législature la réduction du déficit pour la faire rentrer dans les clous du « pacte de stabilité » européen. Mais la Commission menaça le Portugal de procédure pour déficit excessif et exigea la mise en oeuvre immédiate de nouvelles mesures. Le gouvernement socialiste obtempéra et mena un nouveau plan de « rigueur » avec de nouvelles suppressions à marche forcée de fonctionnaires, de réduction de dépenses de santé et de « rationalisation » des hôpitaux, accompagné d'un programme de privatisation.

 

En 2006, le déficit avait quelque peu reculé, mais au détriment de la croissance, provoquant une envolée du chômage, particulièrement chez les jeunes. La crise de 2008 a fait rebondir le déficit. En 2010, du fait des faibles perspectives de croissance, les agences de notation ont « déclassé » la dette portugaise. Donc pour « rassurer les marchés » -et la commission européenne- le gouvernement de José Socrates a donné, en mai, un nouveau tour de vis aux restrictions, avec l'assentiment de la droite. Mais les « marchés » restent toujours dubitatifs devant les espérances d'une croissance que les politiques d'austérité ont pour effet d'étouffer. Les intérêts que doit donc payer le gouvernement portugais sur sa dette ne cessent de grimper, rendant plus ardue la réduction des déficits, plus nécessaires les nouveaux sacrifices imposés aux travailleurs et qui pénalisent l'économie... ce qui contribue à inquiéter « les marchés ».

 

Donc, sous l'injonction de l'Union européenne, un nouveau plan fut adopté au mois de septembre, sans parvenir à enrayer le cercle vicieux, puisqu'un autre plan est jugé « nécessaire » au mois de mars 2011. L'ambition de José Socrates serait que le Portugal s'inflige à lui-même ces remèdes de cheval pour éviter le recours à l'Union européenne ou au FMI....

 

Les syndicats dénoncent ces plans successifs ; dans le secteur de la construction, ils ont fait remarquer que les travaux d'infrastructures du TGV, projet remis aux calendes grecques, auraient représenté 30.000 emplois. Grève de fonctionnaires le 6 novembre, et le 24 novembre a lieu une grève interprofessionnelle unitaire, fait plutôt rare dans le pays. Depuis les manifestations se succèdent ; le 12 mars la « Génération précarité » ("Geracao rasca"). descend dans la rue Les jeunes sont les premiers « bénéficiaires » des « reçus verts », un moyen de paiement à la tâche qui ne donne droit à aucune forme de protection sociale ; ces « reçus verts » sont une aubaine pour les employeurs publics et privés qui les privilégient par rapport aux contrats classiques. Cette manifestation, lancée à l'aide des réseaux sociaux, a connu un grand succès dans tout le pays -la plus grosse manifestation depuis la révolution des oeillets de 1974. Les participants étaient invités a noter sur une feuille de papier leurs propositions pour abolir la précarité, feuilles collectées en fin de manifestation et remises aux députés.

 

Les mesures concoctées par nos gouvernements à travers le « pacte pour l'euro » auront les mêmes effets désastreux pour les populations, pour l'économie et l'état des finances publiques, quoi qu'en disent ses promoteurs. Le pire est devant nous, jusqu'à quand allons-nous le supporter ?

 

(Source : Chronique internationale de l' IRES  de novmembre 2010  Portugal. La saignée, la saignée, la saignée ! et divers articles d'actualité)

 

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